L'occasion était à saisir :
l'atelier théâtre du lycée Henri-Meck a été sollicité pour
passer une semaine à Arad,
ville de l'ouest de la Roumanie où plus de 200 lycéens de
plusieurs pays d'Europe s'impliquent depuis samedi dernier
dans un grand festival de théâtre.
Chaque lycée y présente un spectacle. Vu le nombre
de troupes, cela occupe à temps plein les après-midi et
les soirées, tandis que la matinée est consacrée à des ateliers
où les jeunes travaillent une technique liée à la pratique
théâtrale.
L'histoire de ce festival remonte au début des années
90, quand la Roumanie sortait tout juste de la dictature
Ceausescu. Plusieurs Alsaciens, des enseignants, des bibliothécaires,
des conservateurs de musées, des élus et un journaliste,
ont soutenu un projet francophone lancé par Florin Didilescu,
un professeur roumain d'une quarantaine d'années rencontré
lors d'un stage à Strasbourg. Didilescu étant du genre persévérant,
enthousiaste et chaleureux, le festival n'a cessé de grandir
depuis quinze ans qu'il existe. C'est ainsi que deux lycées
français sont à Arad jusqu'à la fin de cette semaine,
le lycée Henri-Meck de Molsheim et le lycée Marc-Bloch de
Bischheim.
La découverte d'un pays
qui vient de rejoindre
l'Union européenne
« J'avais suivi à
titre personnel l'édition 2006. Cette année, Florin Didilescu
a suggéré que nous présentions notre propre spectacle. J'ai
évidemment accepté », raconte Evelyne Gruber, professeur
d'histoire-géographie et animatrice de l'atelier théâtre
à Henri-Meck.
Avec sa collègue Dominique André, professeur de sciences
économiques, elle accompagne en ce moment dix élèves de
première et de terminale qui découvrent la Roumanie alors
que ce pays de 23 millions d'habitants est depuis dix mois
membre à part entière de l'Union européenne.
Les jeunes se produisent
dans un vrai théâtre
Le choc est culturel et
psychologique. Les Alsaciens admirent le haut niveau de
français des lycéens d'Arad, mais constatent les
grandes disparités économiques qui fractionnent la population
roumaine, où des enseignants à la retraite doivent tenir
avec des pensions de moins de 200 euros par mois alors que
quelques fortunes vite faites s'affichent sans vergogne.
Les lycéens apprécient
beaucoup de jouer en plein centre d'Arad, dans un
beau théâtre austro-hongrois de la fin du XIXe siècle récemment
restauré, avec balcons, loges, fauteuils en velours grenat,
coulisses et scène immense à plancher de bois. Un décor
professionnel qui transcende les talents des jeunes amateurs
de Molsheim.
Mardi soir, ils ont été très applaudis dans une pièce
au registre grave qui évoquait l'excision chez les fillettes
africaines et la difficulté qu'il y a à faire bouger les
mentalités trop respectueuses de traditions aberrantes.
Plusieurs jeunes Roumains peu familiers des civilisations
européennes ont découvert ce soir-là une réalité qu'ils
ignoraient.
« Ce festival est idéal pour croiser les regards,
les cultures, les pratiques pédagogiques. Cette rencontre
de plusieurs jours avec des collègues et des lycéens de
plusieurs pays est extrêmement enrichissante », indique
Evelyne Gruber. Elle souligne que ce voyage est une précieuse
mine d'informations pour les jeunes qui ont suivi de loin
les débats liés à l'élargissement de l'Union européenne
en direction de dix pays de l'ancien bloc communiste.