Revue de presse - Dernières Nouvelles d'Alsace

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2000

Jeudi, 11 Mai 2000

Des Roumains au service de la francophonie


En scène à Koenigshoffen, les jeunes lycéens roumains font la part belle au théâtre francophone. (Photo DNA)

Le théâtre défend la cause de la francophonie auprès des jeunes à travers l'Europe. La troupe roumaine qui vient de se produire à Koenigshoffen en a donné une éclatante démonstration.

Ils viennent d'Arad, dans l'ouest roumain. Agés de 15 à 18 ans, pas plus prédisposés que d'autres, ils maîtrisent aujourd'hui la langue de Molière, au point de monter sur scène avec aisance pour présenter deux pièces d'une heure chacune. La semaine passée, ils ont enchanté le public du centre socioculturel de Koenigshoffen, au retour du festival de Gand, en Belgique, et avant une halte à Lons-le-Saunier.  Les lycéens roumains se sont enrichis au contact de Florin Didilescu, professeur de français qui, depuis 1991, donne le virus, et des planches et de la langue, à des dizaines de jeunes. Avec d'autres francophones, il dynamise l'association AMIFRAN, association roumaine pour la défense et l'illustration de la langue française.

Baïa Mare et Timisoara

 Florin a sympathisé avec des Strasbourgeois, membres d'un convoi humanitaire de Médecins du monde au début des années 90. Ceux-ci ont assisté à plusieurs festivals de théâtre francophone pour comédiens en herbe, organisé annuellement à Arad par l'AMIFRAN.  Florin s'est retrouvé ainsi dans le jury des premières « Théâtreries de l'Illiade », à Illkirch, au printemps dernier. Cette manifestation s'adresse aussi aux lycéens. Ceux de Ribeauvillé, lauréats, avaient gagné leur ticket pour le festival d'Arad 99. Une troupe de Iasi (est de la Roumanie) y avait pris part.  Si Illkirch n'en est qu'au début (seconde édition les 20 et 21 mai), Arad s'est fait un nom en Europe, comme le raconte Florin. « L'idée du festival a germé en 1993. Avec des troupes de Baïa Mare et de Timisoara, sept ou huit spectacles ont été proposés. Dès 94, des Hongrois et des Bulgares sont venus. En 95 déjà, la France, le Québec et la Belgique étaient représentés. »  Désormais, 24 troupes dont 15 roumaines, soit 300 jeunes comédiens, sont accueillis chaque année. Le rendez-vous, en octobre, constitue un événement majeur, financé par la ville d'Arad et par le ministère de la Culture. Depuis deux ans, il bénéficie d'une aide culturelle de l'ambassade de France à Bucarest.

Littérature roumaine

 Entre temps, Florin et les siens ont découvert que de telles manifestations existaient partout en Europe. Une quinzaine d'entre elles se sont regroupées en un réseau, respectant certains points communs.  Les pièces n'excèdent pas 55 minutes. Durant les festivals, les matinées sont consacrées à des stages de formation (chant, écriture, marionnettes, improvisation, etc) suivis par tous les participants.  Les spectacles occupent les après-midi, chaque troupe assistant aux prestations des autres. « Nous assurons ainsi l'éducation du spectateur, note Florin. Qualité d'écoute et d'échange font partie de nos préoccupations. » Enfin, un jury rend un verdict des plus officiels, pris très au sérieux, qui attribue notamment des places pour les autres festivals en Europe.  A Koenigshoffen, le cru 2000 de Florin Didilescu a prouvé qu'il avait du talent.  Dans Quand il faut marier Réformette, les jeunes transmettent un message à leur pays et à leurs compatriotes : « Un jour venu, il faut savoir prendre une décision, savoir où aller. N'attendons pas éternellement l'aide étrangère. A nous d'agir. »  Heureux de servir la cause de la francophonie qui lui tient à coeur, Florin espère par la même occasion redorer le blason de son pays et promouvoir, à travers ses traductions, la littérature roumaine.

R.S.
1991 - 2016 - Amifran