Ils viennent d'Arad,
dans l'ouest roumain. Agés de 15 à 18 ans, pas plus prédisposés
que d'autres, ils maîtrisent aujourd'hui la langue de Molière,
au point de monter sur scène avec aisance pour présenter deux
pièces d'une heure chacune. La semaine passée, ils ont enchanté
le public du centre socioculturel de Koenigshoffen, au retour
du festival de Gand, en Belgique, et avant une halte à Lons-le-Saunier.
Les lycéens roumains se sont enrichis au contact de
Florin Didilescu, professeur de français qui, depuis 1991,
donne le virus, et des planches et de la langue, à des dizaines
de jeunes. Avec d'autres francophones, il dynamise l'association
AMIFRAN, association roumaine pour la défense et l'illustration
de la langue française.
Baïa Mare et Timisoara
Florin a sympathisé avec des
Strasbourgeois, membres d'un convoi humanitaire de Médecins
du monde au début des années 90. Ceux-ci ont assisté à plusieurs
festivals de théâtre francophone pour comédiens en herbe,
organisé annuellement à Arad par l'AMIFRAN. Florin
s'est retrouvé ainsi dans le jury des premières « Théâtreries
de l'Illiade », à Illkirch, au printemps dernier. Cette
manifestation s'adresse aussi aux lycéens. Ceux de Ribeauvillé,
lauréats, avaient gagné leur ticket pour le festival d'Arad
99. Une troupe de Iasi (est de la Roumanie) y avait pris
part. Si Illkirch n'en est qu'au début (seconde édition
les 20 et 21 mai), Arad s'est fait un nom en Europe, comme
le raconte Florin. « L'idée du festival a germé en
1993. Avec des troupes de Baïa Mare et de Timisoara, sept
ou huit spectacles ont été proposés. Dès 94, des Hongrois
et des Bulgares sont venus. En 95 déjà, la France, le Québec
et la Belgique étaient représentés. » Désormais,
24 troupes dont 15 roumaines, soit 300 jeunes comédiens,
sont accueillis chaque année. Le rendez-vous, en octobre,
constitue un événement majeur, financé par la ville d'Arad
et par le ministère de la Culture. Depuis deux ans, il bénéficie
d'une aide culturelle de l'ambassade de France à Bucarest.
Littérature roumaine
Entre temps, Florin et les siens
ont découvert que de telles manifestations existaient partout
en Europe. Une quinzaine d'entre elles se sont regroupées
en un réseau, respectant certains points communs. Les
pièces n'excèdent pas 55 minutes. Durant les festivals,
les matinées sont consacrées à des stages de formation (chant,
écriture, marionnettes, improvisation, etc) suivis par tous
les participants. Les spectacles occupent les après-midi,
chaque troupe assistant aux prestations des autres. « Nous
assurons ainsi l'éducation du spectateur, note Florin. Qualité
d'écoute et d'échange font partie de nos préoccupations. »
Enfin, un jury rend un verdict des plus officiels, pris
très au sérieux, qui attribue notamment des places pour
les autres festivals en Europe. A Koenigshoffen, le
cru 2000 de Florin Didilescu a prouvé qu'il avait du talent.
Dans Quand il faut marier Réformette, les jeunes transmettent
un message à leur pays et à leurs compatriotes : « Un
jour venu, il faut savoir prendre une décision, savoir où
aller. N'attendons pas éternellement l'aide étrangère. A
nous d'agir. » Heureux de servir la cause de
la francophonie qui lui tient à coeur, Florin espère par
la même occasion redorer le blason de son pays et promouvoir,
à travers ses traductions, la littérature roumaine.